BOLZANO - Le champion d'Europe en titre aux 3 Bandes, Marco Zanetti, a reçu dernièrement une offre de la PBA mais il ne quittera pas son environnement familier pour les dernières années de sa carrière. Le maestro italien, âgé de 61 ans, se prépare pour une nouvelle année sur le circuit UMB et CEB et restera fidèle aux institutions mondiales et internationales tout comme Dick Jaspers, Torbjörn Blomdahl, Tayfun Tasdemir, Eddy Merckx et d'autres collègues et amis avec lesquels il a connu une longue carrière."J'ai dû réfléchir à l'offre pendant quelques jours", admet Zanetti. Le Champion d'Europe est cependant confiant quant à l'évolution de la fédération traditionnelle (UMB) et ne veut surtout sauter le pas vers une nouvelle vie sociale dans un pays lointain. Marco Zanetti espère un avenir où la négociation et le compromis trouveraient leur place.
Le joueur italien a bien voulu accorder une interview à Kozoom en ces temps troublés. Il parle avec franchise et sincérité du choix que lui-même et d'autres adoptent envers l'organisation professionnelle coréenne. Le Top 10 UMB a perdu des joueurs comme Frédéric Caudron, Filippos Kasidokostas, Jae-ho Cho, Dani Sánchez, Sung-won Choi et Semih Sayginer. "La dévalorisation des championnats, dans le monde et en Europe, est une conséquence malheureuse de la situation actuelle", pense Marco Zanetti. ''C'est une période de grande évolution, mais les tournois de l'UMB resteront d'un niveau élevé''.
Marco Zanetti (61 ans, de Bolzano, Italie, champion d'Europe en titre) prend son temps et parle avec respect de ceux qui restent et de ceux qui partent. Un champion dans la tourmente.
Kozoom/Frits Bakker : Qu'est-ce que cela vous fait, Marco, de poursuivre votre longue et belle carrière après avoir remporté ce nouveau titre de champion d'Europe ?
Marco Zanetti : C'est un moment de grande satisfaction personnelle, une indication que le travail d'entraînement que je fais porte ses fruits.
FB : Vous attendiez-vous à pouvoir rivaliser avec les meilleurs joueurs d'Europe et du monde à cet âge ?
MZ : Quand j'étais plus jeune, je disais souvent que j'arrêterai de jouer au billard à 60 ans, mais maintenant que j'ai atteint cet âge, je suis encore très compétitif, donc je veux continuer encore quelques années.
FB : Comment Marco Zanetti se porte-t-il personnellement à ce stade de sa vie et de sa carrière, physiquement, mentalement, combativement ? Comment voyez-vous les années à venir avec la motivation qui vous anime et qui pourrait durer encore quelques années ?
MZ : J'essaie simplement d'étudier le jeu de plus en plus, en cherchant toujours de nouvelles voies à suivre. La concurrence est rude et il est essentiel de continuer à s'améliorer.
FB : Comment voyez-vous cette année en tant que joueur de billard de l'UMB, les nouveaux développements ? Le fait que tant de joueurs de billard avec lesquels vous avez été en compétition pendant de nombreuses années passent maintenant à la PBA ne vous fait-il pas mal ?
MZ : C'est une période de grande évolution. L'UMB s'associe à de nouveaux partenaires pourse développer et offrir des perspectives de plus en plus intéressantes pour les années à venir. Certes, je regretterai de ne pas voir les joueurs qui sont passés à la fédération professionnelle coréenne, mais le niveau des tournois de l'UMB restera très élevé, en partie grâce aux nouveaux joueurs en devenir.
FB : Comment vous sentez-vous avec vos collègues et amis qui s'exilent, comprenez-vous qu'ils aient fait ce choix ?
MZ : Choisir d'aller jouer pour la fédération professionnelle coréenne est un choix très personnel, un changement de vie radical. D'une part, il y a de fortes motivations et des espoirs de gains importants, d'autre part, il faut rester et vivre en Corée pendant la plus grande partie de l'année, rester loin de chez soi et abandonner non seulement ses propres habitudes, mais aussi la famille traditionnelle du sport du billard. Il est certain que ceux qui placent leur situation économique en tête de leurs priorités peuvent prendre cette décision. Chacun est l'architecte de son propre destin et personne ne peut juger d'un choix aussi important et personnel.
FB : Avez-vous envisagé ce transfert au cours des deux dernières années, ou plus particulièrement cette année ?
MZ : J'ai également reçu une proposition de la Corée mais j'ai préféré rester à l'UMB pour des raisons familiales et personnelles et aussi parce que je crois au développement professionnel à l'UMB. Et le fait de pouvoir continuer à vivre chez moi est une liberté qui a aussi sa propre valeur.
FB : Quelle est la principale raison pour laquelle vous n'avez pas franchi le pas, n'avez-vous jamais eu de doute ?
MZ : J'ai beaucoup réfléchi à la proposition coréenne pendant quelques jour mais j'ai déjà dit exactement quelles étaient mes priorités.
FB : Comment voyez-vous les prochains championnats de l'UMB en Europe, dans le monde, y aura-t-il une dévaluation des tournois ?
MZ : Il est certain que certains joueurs importants manqueront aux tournois de l'UMB, leur présence sera regrettée. Bien sûr, à l'avenir, je regarderai également les tournois de la PBA en tant que spectateur avec plus d'intérêt. Mais si l'on regarde le classement mondial actuel, les compétitions de l'UMB resteront les plus intéressantes. Et peut-être que certains joueurs prometteurs trouveront un peu plus d'espace pour se hisser dans le groupe de tête. C'est une période passionnante pour les joueurs et les amateurs de billard.
FB : La question importante qui se pose est la suivante : l'UMB et la PBA doivent-elles faire des concessions pour éviter ce flot de transferts ?
MZ : Il est difficile de répondre à cette question. Il s'agit de la politique du sport. Personnellement, j'aimerais qu'il y ait une fois par an une compétition finale où les meilleurs joueurs de l'UMB et de la PBA pourraient jouer ensemble, mais je ne sais pas si cette idée est réalisable dans la pratique.
FB : Voyez-vous personnellement des possibilités de trouver une solution ?
MZ : Chacune des deux organisations travaille à se renforcer et à réfléchir à son avenir. Il est facile de faire des proclamations, mais il ne sera pas facile de trouver un terrain d'entente acceptable. Les meilleurs joueurs de la PBA ont des garanties importantes dans leur contrat. Et il serait malvenu que les joueurs de l'UMB aillent jouer avec eux sans poser de conditions.
FB : La PBA a présenté un plan par l'intermédiaire de son président : nous voulons trouver rapidement une solution avec l'UMB pour travailler ensemble, offrir des possibilités de jouer dans les deux ligues. Distribuer des wildcards, mettre fin aux suspensions. Voyez-vous des possibilités d'y parvenir ?
MZ : Permettez-moi d'abord de lancer le sujet : laquelle des deux organisations, l'UMB ou la PBA, a le plus d'intérêt à organiser un événement ouvert à tous, même si ce n'est qu'une fois par an ? La PBA a montré une grande capacité à organiser un show business en Corée, mais limité à ce pays. Il est évident qu'elle aspire à s'étendre, mais jusqu'à présent, elle n'arrive pas à sortir de son cadre territorial. Pour réussir, elle a besoin de la coopération de l'UMB et il est donc logique que ses déclarations aient cet objectif. D'un autre côté, l'UMB doit avant tout protéger les intérêts de ses partenaires contractuels - qui se trouvent également en Corée - qui, au contraire, veulent pratiquer leur sport de manière indépendante et autonome, en privilégiant les aspects sportifs par rapport aux aspects "show-business". Trouver un terrain d'entente pour permettre une meilleure compréhension signifie d'abord réunir toutes les parties concernées, y compris les parties fédérées et territoriales, et être prêt à accepter des compromis. Un grand défi à relever pour tout le monde, à mon avis.
FB : Mais malgré tout ce qui nous attend : espérons que Marco Zanetti pourra continuer à profiter de ce magnifique titre européen et de sa carrière avec encore plus d'années de succès.
Merci, Marco, pour cette interview.
MZ : Merci également de m'avoir donné la possibilité d'exprimer mes pensées en ce moment très spécial.
