Il y a les vainqueurs de Coupe du Monde. Et puis il y a ceux qui marquent une époque.
À Ankara, Cho Myung Woo a remporté dimanche la quatrième Coupe du Monde de sa carrière… mais surtout sa quatrième victoire lors des sept dernières étapes du circuit mondial. Une statistique qui résume à elle seule la domination actuellement exercée par le Coréen sur le trois bandes international.
Déjà vainqueur à plusieurs reprises ces deux dernières saisons, Cho confirme plus que jamais son statut de numéro un mondial. Le classement UMB le place désormais devant Frédéric Caudron, et son parcours turc n'a fait que renforcer cette hiérarchie.
Pendant une semaine, le Coréen a affiché une maîtrise remarquable, concluant son tournoi avec la meilleure moyenne générale de l'épreuve (2,191) et un impressionnant total de 14 points de match.
Une finale de très haut niveau face à Dick Jaspers
La finale opposait les deux hommes forts du tournoi : Cho Myung Woo et Dick Jaspers.
Le Néerlandais, toujours aussi redoutable à 60 ans passés, avait réalisé un parcours presque parfait jusqu'à la rencontre décisive. Deuxième meilleure moyenne générale de la compétition (2,071), auteur notamment d'un quart de finale exceptionnel remporté contre Martin Horn en 19 reprises à 2,631 de moyenne, Jaspers semblait en mesure de décrocher un nouveau titre mondial.
Mais Cho avait décidé qu'Ankara lui appartenait.
Dans une finale spectaculaire, les deux joueurs ont évolué à un niveau rarement atteint cette saison. Après seulement 21 reprises, le Coréen s'imposait 50 à 49 avec une moyenne de 2,380 contre 2,333 pour son adversaire.
Le chiffre qui restera est sans doute cette série de 20 réalisée par Cho en finale, meilleure série du tournoi principal et véritable coup de massue dans un match pourtant extrêmement serré.
Une phase finale maîtrisée de bout en bout
Le succès de Cho ne s'est pas construit uniquement lors de la finale.
En huitième de finale, il éliminait Glenn Hofman avant de dominer Torbjörn Blomdahl en quart de finale (50-32 en 26 reprises).
En demi-finale, Bao Phuong Vinh, l'un des hommes forts de la semaine, ne parvenait pas davantage à freiner l'élan du Coréen. Victoire 50 à 41 en 21 reprises avec une moyenne de 2,380.
Ce qui impressionne surtout est la régularité du champion coréen. Aucun passage à vide, une qualité de réalisation constante et cette capacité devenue rare à hausser son niveau dans les moments décisifs.
À seulement 27 ans, Cho semble aujourd'hui avoir atteint une maturité sportive qui lui permet de transformer son immense talent en domination durable.
Jaspers, Zanetti et Bao complètent le dernier carré
Derrière le vainqueur, plusieurs joueurs repartent d'Ankara avec de solides motifs de satisfaction.
Dick Jaspers confirme qu'il reste l'une des références absolues du circuit. Sa place de finaliste et sa moyenne générale supérieure à 2 démontrent qu'il demeure un candidat au titre sur chaque événement majeur.
Marco Zanetti signe lui aussi une semaine de haut niveau. L'Italien termine sur le podium avec une moyenne générale de 1,829 après avoir notamment éliminé Gokhan Salman en quart de finale.
Le Vietnamien Bao Phuong Vinh confirme quant à lui sa place parmi les joueurs les plus réguliers du moment. Présent dans le dernier carré après avoir éliminé Tran Thanh Luc, il poursuit son installation dans le très haut niveau mondial.
Les révélations de la semaine
Comme souvent lors d'une Coupe du Monde, plusieurs noms moins attendus ont marqué les esprits.
L'Allemand Tom Löwe restera l'une des belles histoires de cette édition. Sorti des qualifications, il s'est offert une place dans le tableau principal avant de manquer de peu l'accès aux huitièmes de finale. Son parcours et son niveau de jeu tout au long de la semaine ont confirmé l'émergence d'un joueur capable de s'installer durablement sur le circuit international.
Le Turc Gokhan Salman a également profité de son tournoi à domicile pour atteindre les quarts de finale, où seul Marco Zanetti a réussi à stopper son aventure.
Une semaine encourageante pour les Français
Côté français, Ankara aura offert plusieurs motifs d'optimisme.
Jérémy Bury a retrouvé le tableau principal et s'est montré compétitif dans un groupe particulièrement relevé, terminant notamment sur un match nul de prestige face à Marco Zanetti. Il boucle son tournoi avec une moyenne générale de 1,393.
Pierre Soumagne a signé l'un des beaux parcours des qualifications avant de retrouver le tableau principal mondial, une étape importante dans sa saison.
Quant à Maxime Panaia, il a confirmé les progrès entrevus depuis plusieurs mois. Contrairement à ce que l'on pouvait croire au premier abord, Ankara constituait sa deuxième apparition dans un tableau principal de Coupe du Monde. Le Français a néanmoins franchi un nouveau cap en battant notamment Kim Haeng Jik et en terminant avec une moyenne générale de 1,525 dans le Main Tournament.
Mikael Devogelaere, lui aussi, a réalisé un parcours solide dans les qualifications et continue d'accumuler une expérience précieuse sur le circuit mondial.
Le patron du billard mondial
Au-delà du titre lui-même, Ankara confirme surtout une tendance qui se dessine depuis près de deux ans.
Alors que le billard mondial semblait entrer dans une période de forte concurrence entre Jaspers, Caudron, Tran Quyet Chien, Bao Phuong Vinh ou encore Sameh Sidhom, un joueur est progressivement en train de prendre l'ascendant sur tous les autres.
Avec quatre victoires lors des sept dernières Coupes du Monde, le leadership du classement mondial et des statistiques qui rivalisent désormais avec les meilleures saisons de l'ère moderne, Cho Myung Woo est aujourd'hui le joueur que tout le monde cherche à battre.
À Ankara, personne n'y est parvenu. Et au vu de la manière dont il a remporté ce titre, la suite de la saison pourrait bien confirmer encore davantage son règne sur le trois bandes mondial.
